Nom : Reinhart de Seingalt
Prénom : Claudio-Maria
Surnom : Claw
Age : vingt-deux ans
Jour de naissance : trente-et-un mai
Sexe : masculin
Race : Vivant, Humain
Clan : Rebelles
Profession : Calice sans emploi, est-ce là une profession ? Dans le cas contraire, disons porte-glaive et cithariste à mes heures . Je suis également très patient lorsqu'il s'agit de faire la lecture, et ce dans plusieurs langues, que je me ferai un plaisir de traduire . Bon, j'avoue, en ce moment je gagne misérablement ma croûte en qualité d'écrivain public ... mais ça fait moins classe sur une carte de visite !
Lieu de vie : Motel Rouge, tant qu'on y voudra bien de moi .
Physique : Tatoué . Ben quoi, c'est à ça que vous me reconnaîtrez le plus facilement . Je suis littéralement tatoué du sol au plafond, vous n'avez jamais vu ça . On a juste épargné les mains et le visage, mais si je me rasais les cheveux, que je porte longs et noirs ( ce qui ne risque pas d'arriver puisque j'ai fait le voeu de ne plus jamais les couper ) vous verriez que même mon crâne a eu sa dose . Je vous prie de croire que ç'a été très long et pénible pour quelqu'un comme moi qui ne supporte pas les aiguilles . D'autant que j'étais fort jeune . Il s'agissait d'être le bras armé de la populace, et même en combattant à ses côtés, on nous apprend à la mépriser juste assez pour s'en démarquer ; c'en était un des signes les plus tangibles . J'ai depuis acquis une peau joliment tannée par la fréquentation assidûe des éléments déchaînés ; des goûts vestimentaires que vous qualifieriez sans doute de particuliers, puisant au maximum dans les métaux semi-précieux et niant toute idée de discrétion ainsi que de conformisme, ma conception personnelle de la beauté ; ainsi qu'une fine musculature capable de soutenir de grands efforts même si j'y brûle mes dernières forces, nerveuse et déliée comme l'esprit qui la commande ... mais ceci est à traiter dans une autre rubrique .
Caractère : voilà, on y arrive . Je me distingue à l'origine ( c'est-à-dire dans mon état normal si l'on peut ainsi s'exprimer ) par un esprit de contradiction relativement développé . C'est une constante dans ma lignée, et surtout ceux de ma génération, peut-être quelque chose qui lutte inconsciemment en nous contre le mortel ennui aristocratique bien connu des spécialistes . Vous savez, ce même mal qui nous pousse à aller nous faire tuer où l'on nous dit d'aller ... ou pas, ce qui nous catapulta finalement aux côtés du peuple dans son combat contre ceux qui à tous points de vues étaient nos semblables ; un fleuve qui nous entraîne et trouve sa source dans notre sang lui-même . Comme si ce qu'il y avait avant était toujours mieux, alors que nos ancêtres vivant à cette époque ont toujours fait autant de difficultés que nous à s'en accomoder . Je suis l'un des miens par le sang, et là où ça devient intéressant c'est que je suis en perpétuelle révolte contre cette nature d'orgueil belliqueux et jovial, cette mentalité de banquets de victoire sous la tonnelle du château à grand renfort de bière et de jurons grivois . Ces faces rougeaudes et réjouies, ce brouhaha satisfait dans une langue qui ne me semble plus la mienne . Je trouve ça ... laid . Et voilà sans doute pourquoi ... mais non, cela sera à traiter dans une prochaine rubrique, une fois encore :
Histoire : La famille de Seingalt s'inscrit dans l'Histoire avec un grand H, mais avec un petit h tout autant . Quelles ne furent pas les légendes que brodèrent sur le fameux Don Juan générations après générations ? Eh bien à l'origine c'était quelqu'un des nôtres . De nos jours ce sont là ruines et vitraux brisés, vestiges pathétiques d'une grandeur diffuse dans les mémoires ; et nous qui en gardons la religion sommes des vestiges tout autant, et tout aussi pathétiques . C'est pourquoi je ne saurais éprouver que sympathie pour les spectres ; il faut croire que le restant des miens ne possède pas cette lucidité et que ces reflets trop exacts leur répugnent, car ils les honnissent avec un bel ensemble . Par tradition ils sont tenants de la faction rebelle, comme ils l'ont toujours été du reste au cours de l'histoire, bravant le courant quel qu'il soit . J'ai conservé cette tradition sans trop me poser de questions jusqu'à ... c'était une nuit d'été trop chaude pour rester dans son lit, j'ai eu le choix entre vivre en plongeant dans les ténèbres ou rester en ma chambre et étouffer lentement ... devinez ce que j'ai choisi ; comme vous l'auriez fait en mon lieu et place, du moins je vous le souhaite ardemment, j'ai suivi les rumeurs d'une fête de village dont les échos et les lueurs se répercutaient aux quatre coins de la vallée, et me suis mêlé après quelques heures d'une marche fantastique aux jeunes danseurs ; ils riaient, buvaient et agitaient des torches, et mon compagnon rencontré en cours de route qui m'avait indiqué l'endroit me commentait le spectacle avec des mots si proches de ma propre fascination que je me sentais pris d'émotions inconnues .
Nous aimions tous deux l'antiquité, et il avait une demeure où il recevait les jeunes gens de belle allure afin de composer des marbres antiques à leur ressemblance . Croyez-le ou non, je me laissai blesser au cours d'une mission de routine pour la rébellion, moi qui hais tant les aiguilles du chirurgien et tout ce qui entaille ma chair, juste afin d'avoir du temps à moi et de le passer en la compagnie de mon cher sculpteur . J'avais une quinzaine d'années et je me laissais aller aux regards, puis aux baisers, puis aux mains de mon premier amour, équivoque et trouble comme le sont souvent ces amours-là, d'autant que mon hôte était fort mystérieux, ne recevant qu'à certaines heures et ne partageant que certaines activités . Je désirais de toute mon âme partager toujours plus de cette vie qui me restait par tant de côtés interdite . Il me semblait vaguement deviner à ses propos en demi-teinte qu'il me protégeait ainsi d'un mal qui pouvait venir de moi-même, et je souffrais de ne point comprendre . Un jour toutefois il advint que les miens m'emmenèrent en battue, en qualité d'écuyer du chef de famille, qui était à l'époque mon oncle maternel ; on avait débusqué la cachette d'un vampire et ce monstre assoiffé de sang allait payer pour toutes ses innocentes victimes . Je me sentais bizarrement peu concerné ; la pensée de mon ami de coeur se refusant à moi me rendait trop mélancolique . Mais je n'en fus que plus surpris de constater que nous prenions le chemin de son domaine .
Je me séparai de la troupe en prétextant une reconnaissance dans les fourrés, ayant soit-disant perçu un mouvement . On insista pour que mon cousin, écuyer également, m'accompagne car il ne se faisait guère de partir seul en pareille expédition et surtout à mon âge . J'en fus réduit à le prendre à part et à tout lui conter . Il se mit alors à crier au traître et à menacer de me tuer . Je l'affrontai et le blessai avant de le laisser sur place, lui promettant de revenir le prendre et le ramener à la maison sitôt que mon vampire serait tiré de péril . En coupant par des voies escarpées qu'il n'avait enseignées qu'à moi, je me rendis bientôt à sa crypte, enfouie sous l'escarpement rocheux qui soutenait sa gentilhommière, et emportai son cercueil avec mille difficultés tandis que les miens donnaient l'assaut à la grande porte . Je le dissimulai dans les bois profonds après avoir effacé toute trace de mon passage, et retournai où j'avais laissé mon cousin . Là, vision d'épouvante, ne restait plus qu'une horrible mare de sang que les loups repus léchaient avec paresse et gourmandise . Je reculai comme dans un cauchemar et regagnai la grotte où dormait le cercueil, et je pleurais encore toutes les larmes de mon corps lorsque le soir vint réveiller celui dont j'avais tant besoin . Sur la falaise, la belle demeure brûlait de fond en comble et les loups hurlaient ma malédiction dans la nuit ; nous demeurâmes embrassés, nos deux détresses mêlées en une seule volonté de consolation et d'espérance et de ce jour je fus son serviteur et son calice, le protégeant le jour comme il me protégeait la nuit .
Cinq années de bonheur dans une existence de combats, ce n'était pas à négliger . Pour ne jamais oublier l'agonie atroce que j'avais value à mon parent, j'avais cessé de me couper les cheveux . C'était au départ un sacrifice, puisque de mémoire de Seingalt les jeunes gens avaient la coupe cosaque, une seule mèche partant du front et nouée derrière la nuque, souvent nattée, et le restant du crâne rasé . Mais les tendres compliments de celui qui partageait mon existence en firent un ornement comme le reste . Il transformait le cauchemar en rêve ; c'était un grand magicien . Et sa disparition transforma la vie en caveau . Je suppose que c'est là un châtiment pour ma faute car tout porte à croire que c'est ma famille qui a commis le crime, à mon sens tout du moins c'en était un ; je n'ai été qu'assommé par les agresseurs, des gens qui ne me connaissaient pas m'auraient sans doute tué en même temps que mon compagnon nocturne . Une bien douloureuse folie s'est parfois emparée de mon esprit torturé par cette perte, mêlée d'un espoir qui pourtant me faisait mal : n'était-ce pas tout simplement mon ami qui s'était livré à ce stratagème afin de disparaître de ma vie de la manière la plus simple à ses yeux ? Je ne peux m'empêcher de revenir à cette hypothèse parce qu'elle signifierait que mon cher compagnon vit encore quelque part . Mais je ne puis m'y attarder, parce qu'elle m'arrache le coeur .